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Et si on arrêtait de diaboliser les jeux vidéo pour nos enfants ?

26/04/2021

Cela vous est-il déjà arrivé d'appeler vos enfants pour venir manger mais vous n'obtenez aucune réponse en retour ? Ou bien d'avoir droit à une crise lorsque vous éteignez la console de jeux ? Si vos enfants adorent jouer aux jeux vidéo, ce genre de situation vous est probablement familier... Dans cet article, nous voudrions vous partager deux témoignages de parents d'enfants "gamers" qui ont changé leur vision des jeux vidéo et leur manière de les appréhender..

Cara Lane, formatrice, conférencière, coach en communication, auteure et maman de deux garçons.

Dans un article de TEDx, une maman de deux garçons raconte qu'un soir, elle appelait ses enfants pour le repas et n'obtint aucune réponse de leur part. En colère, elle est entrée dans leur chambre et a débranché leur console de jeu. Les enfants étaient furieux et ont réagit comme si c'était la fin du monde.

Habituellement, elle aurait réagit en disant qu'ils gâchaient leur vie avec les jeux vidéo. Mais ce soir là, cette maman a décidé de s'intéresser à la raison pour laquelle ces jeux étaient si importants pour eux. Elle a choisit d'être curieuse plutôt que critique. Les garçons, surpris, ont répondu "Maman, tous les gens qu'on connaît jouent aux jeux vidéo". Et en effet, 2,5 milliards de personnes dans le monde sont des gamers (joueurs de jeux vidéo), ce qui représente environ un tiers de l'humanité.

Elle raconte: "Mes garçons m'ont fait découvrir un monde entier dont je ne connaissais rien, et encore moins comment l'appréhender. Aujourd'hui, les jeux sont une expérience de divertissement interactive, multijoueurs et connectée. C'est plein de compétition, de résolution de problèmes, de puzzles, de logique. De bonnes choses, non ? Ils sont aussi pleins de conversations, de culture, d'histoire, de partitions musicales, d'art, de dialogues, de choix moraux - des choses que vous voulez vraiment que vos enfants apprennent. De plus, les jeux sont synonymes de philosophie, de stratégie et de compétences incroyables."

Ses garçons lui ont appris que lorsqu'elle éteint le jeu en plein milieu d'une partie, ils reçoivent en fait une sanction. On ne peut pas mettre un jeu en ligne sur pause. Elle a appris aussi qu'ils sont blessés lorsqu'on parle d'eux comme des "solitaires" ou "loosers". Lorsqu'ils jouent en ligne avec leur casque, ils sont en fait dans un jeu multijoueurs avec leurs amis et en rencontrent même de nouveaux.

Ce jour-là fut une révélation bouleversante pour cette maman: elle est davantage seule dans sa cuisine à préparer le repas que ses enfants qui jouent aux jeux vidéo. Depuis, elle a accepté l'idée que ses fils étaient des "gamers". Elle les prévient maintenant que le repas est bientôt prêt et leur demande dans combien de temps leur jeu se termine. Grâce à cela, les repas en famille sont paisibles et conviviaux.

Cette maman a choisi de laisser ses enfants jouer sans interruption, à condition qu'ils s'occupent d'abord de leurs responsabilités. Par exemple, son aîné lui a demandé ce qu'il devait faire pour qu'elle le laisse tranquille après 15h. Elle lui a fait une liste de choses qu'elle souhaitait qu'il réalise avant de pouvoir jouer à son jeu (faire ses devoirs, arracher les mauvaises herbes, etc.). Et bien, son fils a rempli la liste et a pu jouer à son jeu vidéo sans interruption après. "Maman, c'est trop cool. Tout ce que je voulais vraiment faire cet après-midi, c'était monter en grade."

Les jeunes regardent les autres "gamers" jouer aux jeux vidéo et elle avait l'habitude de les critiquer pour cela. Et pourtant, elle s'est rendue compte que son mari faisait exactement la même chose lorsqu'il regarde un match de foot à la télévision. Lorsqu'un "gamer" regarde quelqu'un d'autre jouer à des jeux vidéo, il regarde généralement les pros et essaie d'obtenir des conseils/astuces pour les jeux auxquels il joue. Nous avons trouvé sa comparaison très pertinente.

Son conseil : "Soyez curieux". Cette maman ne s'adresse pas seulement aux parents. Elle s'adresse aussi aux grands-parents, aux oncles et tantes, aux parrains et marraines, aux bons amis, aux directeurs d'école et aux autres membres de la famille. Elle propose une solution simple: commencez une conversation avec votre enfant "gamer" en lui posant trois questions...

  • À quels jeux joues-tu ?
  • Pourquoi aimes-tu jouer à ces jeux en particulier ?
  • Est-ce que je peux te regarder jouer un jour ?

"Si nous ne nous intéressons pas aux jeux, nous risquons de perdre le contact avec les personnes que nous aimons le plus."

Jordan Shapiro, auteur, pédagogue et papa de deux enfants

Nous voudrions également vous partager un second témoignage TEDx très inspirant... Celui de Jordan Shapiro, auteur du livre "The new childhood: Raising kids to thrive in a connected world" et papa de deux enfants.

Ce papa pensait que les jeux vidéo étaient une perte de temps, quelque chose que les gens moins productifs faisaient quand ils pouvaient lire ou écrire. Mais il voulait passer du temps avec ses garçons alors qu'eux voulaient jouer aux jeux vidéo. S'il leur avait proposé d'aller se promener dans les bois tous les trois, les garçons auraient pu le percevoir comme une punition. Au lieu de cela, il s'est assis sur le canapé avec eux et avant même de s'en rendre compte, ils passaient des heures à jouer aux jeux vidéo, à trois.

"On se disputait pour savoir qui avait le meilleur champignon magique. On se donnait des high-five quand on montait de niveau. On rigolait. On s'est pris dans les bras. C'était une expérience formidable pour créer des liens."

Ce n'est pas parce que ses enfants aimaient jouer à des jeux vidéo, que c'était bon pour eux. Pour apaiser ses inquiétudes, il a lu des livres sur les jeux vidéo, le développement cognitif et la théorie du jeu. Il a appris que ses enfants s'échappaient effectivement dans un autre monde en jouant. Et que ce n'était pas nécessairement une mauvaise chose, surtout s'il jouait avec eux. Il a appris qu'en s'impliquant, il montrait à ses enfants qu'il prenait au sérieux leurs jeux d'imagination. Cela montrait aussi qu'il reconnaissait les stratégies qu'ils utilisaient pour s'en sortir et qu'il appréciait les choses qui comptaient pour eux. Et cela leur offrait un espace amusant et sûr dans lequel il pouvait les aider à cultiver des compétences sociales et émotionnelles.

Quand ils jouaient ensemble, le papa assumait à la fois le rôle de père, de mentor, de coéquipier et de thérapeute. Il leur posait des questions telles que :

  • "Quelles émotions accompagnent le fait de sauter assez haut sur le mât pour avoir une vie gratuite ?"
  • "Que ressentez-vous lorsque vous perdez ?"
  • "Ne pensez-vous pas qu'il est intéressant de constater que l'on devient meilleur en perdant encore et encore ?"

Le fait de leur poser des questions a permis aux enfants de remarquer à quel point certains adversaires étaient forts, à quel point les graphismes du jeu étaient fous. Et ensemble, ils ont tenté d'imaginer à quoi ressembleraient les futurs niveaux.

A l'heure du souper, Jordan Shapiro s'est servi de l'univers du jeu pour faire des analogies et interroger les garçons sur certaines situations: "Comment décririez-vous la solution du monde du jeu à une bagarre dans la cour de récréation ? À un problème de mathématiques difficile ? À un conflit avec un camarade de classe ? À un sentiment de solitude vis-à-vis de vos amis ?". Les comparaisons avec les jeux vidéo leur ont donné la distance nécessaire pour trouver une nouvelle perspective aux problèmes dans leur monde réel. Elles leur ont également permis de mieux vivre les montagnes russes émotionnelles de leurs interactions sociales à l'école. Et plus important encore, elles les ont aidés à ré-imaginer des scénarios quotidiens d'une manière qui leur donnait du pouvoir. Ils ont mis une manette de jeu métaphorique entre leurs mains.

Il s'exprime : "La plupart des adultes reconnaissent les avantages de jouer à des jeux de société en famille, de construire des trains en bois avec les enfants et de lancer des balles dans le jardin. Malheureusement, lorsqu'il s'agit d'écrans, les parents sont plus enclins à les utiliser comme baby-sitters. Mais pourquoi le phénomène de l'écran comme baby-sitter est-il si courant si tous les parents à qui je parle s'accordent à dire que c'est une mauvaise chose ? Est-ce parce que les adultes sont égoïstes ?"

Nicolas Poirel, professeur de psychologie du développement cognitif chez l'enfant et auteur.

Dans un podcast "Métamorphose, le podcast qui éveille la conscience", Nicolas Poirel aborde le sujet des enfants et les écrans. Nicolas Poirel est Professeur de psychologie du développement perceptif et cognitif à l’université Paris et membre de l’Institut Universitaire de France. Ses nombreuses recherches sont consacrées au développement et au fonctionnement cognitif, de l’enfant à l'adulte. Il est également auteur du livre "Les enfants et les écrans".

Il y a un lien significatif entre le temps passé à jouer à des jeux violents et être violent, mais cela ne veut pas dire qu'il y a un lien de cause à effet. Est-ce que ce sont les jeux vidéos violents qui entrainent de la violence ou est-ce que c'est le fait d'avoir une prédisposition à la violence qui va vous orienter vers des jeux violents ? La réponse à cette question est qu'il n'y a pas de lien de cause à effet, c'est à dire que les ados font bien la différence entre la violence réelle et ce qu'il se passe dans les jeux vidéo.

"Dire que les jeux vidéo violents rendent violents c’est la même chose que de dire à quelqu'un « si vous regardez Dexter, faites attention parce que vous risquez devenir un tueur en série»"

Nicolas affirme que l'on a remarqué que les jeux vidéo d'action ont un effet positif chez des enfants de 9 ans par exemple qui sont dyslexiques et qui ne sont pas familier avec les jeux vidéo. Si vous prenez un groupe de 40 enfants dyslexiques, vous proposez à la moitié de jouer à des jeux vidéo d'action et à l'autre moitié de jouer à des jeux vidéo pas d'action... Et bien, une dizaine d'heure de jeux plus tard, on constate une amélioration de la lecture chez les enfants dyslexiques qui ont joué à des jeux d'action. L'avantage, en plus d'améliorer la lecture, permet de l'améliorer en faisant complètement autre chose que de la lecture.

Il affirme : "A tous les âges de la vie, on a des capacités d'attention qui peuvent être améliorées, boostées ou maintenues grâce aux jeux vidéo"

"Nous, les adultes, devons reconnaître que nous ne vivons plus à l'ère de la télévision ; le monde actuel nous oblige à interagir avec un ensemble d'appareils très différents. Et si nos vies professionnelles ont changé pour s'adapter aux nouvelles technologies, nos vies familiales sont largement restées dans le passé. Nous devons trouver comment modeler de façon positive une vie toujours connectée."

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